Les grands défis d'aujourd'hui
Δ ψ Le destin du cosmos
Supernova : le destin d'une étoile massive - © Nasa
Le destin ultime de l'univers est l'une des questions les plus fondamentales en cosmologie. Pour ce qui est du cosmos dans son ensemble, la réponse dépend évidemment essentiellement du futur de son expansion (cf la page "L'expansion de l'univers"). Mais nous nous intéresserons ici, plus localement, aux éléments qui le composent, à leurs destins individuels, qu'ils soient certains, probables ou simplement possibles.
Pour tenter de décrire ces destins, nous distinguerons deux horizons temporels et spatiaux :
- sur un horizon "cout terme" à l'échelle du cosmos, jusqu'à 10 milliards d'années, nous nous intéresserons à notre environnement "proche", toujours à l'échelle du comos, à savoir : le Soleil, notre planète Terre, le Système Solaire dans son ensemble, notre galaxie "La Voix Lactée" et ses galaxies voisines du Groupe Local. Compte tenu de leur relative "proximité", les scénarios évoqués ici sont solidement corroborés par les connaissances scientifiques actuelles, même si certains paramètres restent encore discutés.
- sur des horizons temporels et spatiaux plus lointains, au-delà de 10 milliard d'années, et au delà de notre Groupe Local de galaxies, nous évoquerons des scénarios possibles / plausibles. Mais ceux-ci relèveront encore du domaine spéculatif tant que des modèles cosmologiques plus avancés ne les auront pas consolisés.
Voir également les pages "Du Big Bang à nos jours", "La matière noire", "L'énergie sombre", "Le Soleil", "Les Etoiles Géantes", "Les Etoiles Naines", "Le Système solaire", "Notre Galaxie", et "Atomes et particules".
A l'horizon de 10 milliards d'années
Le destin du Soleil
(voir également la page "Le Soleil")
Le Soleil, comme toutes les étoiles de sa catégorie (Naine Jaune), devient très légèrement plus lumineux avec le temps, à mesure que l'hydrogène de son cœur se transforme en hélium. Ce processus de physique nucléaire est extrêmement bien modélisé par la physique stellaire.
L'expansion du Soleil en Géante Rouge
Dans environ 1 milliard d'années, l'augmentation du rayonnement solaire suffira à déclencher un effet de serre incontrôlable sur Terre qui finira par détruire toute vie à sa surface.
Dans environ 5 milliards d'années, le Soleil épuisera l'hydrogène de son cœur et enflera en Géante Rouge (voir la page "Les Etoiles Géantes"), engloutissant probablement Mercure et Vénus, et rendant l'orbite terrestre (si elle existe encore) totalement inhabitable. Cette phase d'"inflation" stellaire devrait durer environ 2,5 à 3 milliards d'années.
La mort du Soleil en Naine Blanche
Après la phase de géante rouge, dans environ 7,5 à 8 milliards d'années, le Soleil connaîtra une fin relativement douce comparée à des étoiles plus massives : pas d'explosion en Supernova, mais une transformation progressive qui redessine complètement le système solaire.
Une fois l'hélium de son cœur épuisé à son tour, le Soleil devient instable, éjectant ses couches externes en plusieurs vagues successives.
Ces couches forment une nébuleuse planétaire : une bulle de gaz lumineux qui s'étend sur plusieurs années-lumière, visible depuis l'extérieur pendant environ 10 000 ans (un clin d'œil à l'échelle cosmique).
Il ne reste alors au centre qu'un noyau extrêmement dense, à peu près de la taille de la Terre mais avec environ 50% de la masse solaire actuelle : une Naine Blanche (cf la page "Les Etoiles Naines") qui refroidira lentement pendant des milliards d'années sans plus produire d'énergie par fusion.
L'état actuel du consensus
La physique nucléaire stellaire est l'un des domaines les mieux vérifiés de l'astrophysique. Les astrophysiciens observent des milliers d'étoiles à différents stades de vie qui confirment le modèle. Il s'agit ici d'une évolution quasi certaine du Soleil, pas de spéculation.
Le destin de la Terre
Phase 1 — Stérilisation
Comme indiqué plus haut, dans environ 1 milliard d'années, l'augmentation progressive du rayonnement solaire induira une succession de mécanismes délétères pour la vie sur Terre :
- Les océans commencent alors à s'évaporer massivement. L'atmosphère se charge de vapeur d'eau. Celle-ci étant elle-même un puissant gaz à effet de serre, le phénomène s'auto-alimente. C'est l'"effet de serre galopant" (runaway greenhouse effect), le même mécanisme qui a rendu Vénus invivable. Cette vapeur d'eau se dissocie sous l'effet des UV solaires en hydrogène, qui s'échappe dans l'espace, et en oxygène. À terme, les océans disparaissent complètement.
- La surface de la Terre devient un désert brûlant, avec des températures largement supérieures à 100°C.
- La tectonique des plaques finit également par s'arrêter, faute d'eau pour lubrifier les mouvements des plaques, un phénomène qui contribue lui-même à l'habitabilité.
- La surface de la Terre devient stérile, et la vie complexe, voire toute vie, s'éteint bien avant que le Soleil n'entame sa phase de géante rouge.
Phase 2 — Absorption ou migration
Durant la phase d'expansion du Soleil en géante rouge (dans environ 5-7,5 milliards d'années) le sort de la Terre en tant qu'objet dénué de toute vie devient plus incertain. Deux scénarios concurrents s'affrontent :
- Scénario de l'absorption : Le Soleil, en devenant géante rouge, gonfle jusqu'à un rayon qui pourrait dépasser l'orbite actuelle de la Terre (voire de Mars, selon les modèles). La Terre est alors détruite dans la fournaise de la géante rouge.
- Scénario de la migration d'orbite : En perdant de la masse (environ 30% de sa masse actuelle sera soufflée par les vents stellaires), le Soleil exerce une attraction gravitationnelle plus faible, ce qui fait migrer les orbites planétaires vers l'extérieur. La Terre s'éloigne donc à mesure que le Soleil grossit et peut poursuivre sa course autour de la naine blanche, résidu du Soleil.
L'état actuel du consensus
- Le point de désaccord entre chercheurs porte surtout sur les détails fins : la date exacte du basculement de la Phase 1 (certaines estimations vont de 600 millions à 1,5 milliard d'années), et l'éventualité de rétroactions climatiques terrestres qui pourraient légèrement retarder ou accélérer le phénomène. Mais sur le principe et l'issue finale, il y a un accord quasi unanime.
- Pour la Phase 2, les simulations les plus récentes penchent légèrement en faveur de l'absorption. La migration orbitale ne serait en effet pas assez rapide pour compenser complètement l'expansion solaire. Et les forces de marée avec l'enveloppe externe du Soleil freineraient la Terre, la faisant spiraler vers l'intérieur. Mais ce n'est pas un consensus aussi solide que pour la Phase 1. Les incertitudes sur le taux exact de perte de masse solaire laissent en particulier la question ouverte.
Le destin du Système Solaire
(voir également la page "Le Système Solaire")
La transition du Soleil en géante rouge puis en naine blanche impacte non seulement la Terre mais également l'ensemble du système solaire.
Le destin de notre galaxie
(voir également la page "Notre Galaxie")
Dans cette même échelle de temps, l'événement majeur qui transforme notre galaxie n'a rien à voir avec le Soleil. C'est en effet une collision probable avec notre voisine, la galaxie d'Andromède qui sera l'évènement majeur. Et cet évènement aura un impact sur l'ensemble des galaxies de notre Groupe Local.
Au-delà de l'horizon de 10 milliards d'années ...
L'extinction progressive du ciel stellaire
(voir également la page "La lumière")
Aujourd'hui notre univers observable contient environ 2000 milliards de galaxies. Et nous pouvons remonter jusqu'au fond diffus cosmologique, à environ 380 000 ans après le Big Bang, soit la limite ultime de ce qu'on peut observer avec la lumière.
Et comme nous venons de le voir plus haut, du fait de l'expansion accélérée de l'univers, notre Groupe Local s'éloigne de plus en plus rapidement des amas de galaxies voisins.
Dans environ 100 milliards d'années : le franchissement de l'horizon cosmologique
- Les galaxies extérieures au Groupe Local fusionné finissent par franchir ce qu'on appelle l'horizon des événements cosmologique : leur vitesse de récession dépasse la vitesse de la lumière (ce qui est autorisé, car c'est l'espace lui-même qui s'étire, pas les objets qui se déplacent à l'intérieur).
- Leur lumière, de plus en plus décalée vers le rouge, finit par devenir indétectable. Et ces galaxies disparaissent littéralement de notre horizon observable, une par une.
- Le fond diffus cosmologique lui-même se dilue et son rayonnement devient de plus en plus froid et indétectable.
Que devient la matière ?
(voir également la page "Atomes et particules")
Mais, même si l'on n'est plus en position de voir les étoiles au fil du temps, qu'advient-il de la matière résiduelle ?
On quitte ici le terrain de l'observable pour entrer dans celui de la thermodynamique et de la physique des particules à très long terme. Les cosmologistes découpent généralement cette évolution en plusieurs "ères", sur des échelles de temps qui donnent le vertige.
Que devient l'entropie ?
L'entropie est le fil conducteur qui explique pourquoi tout ce scénario se déroule ainsi. L'ensemble de cette histoire cosmique peut en fait également se lire comme une longue marche vers le maximum d'entropie, conformément au second principe de la thermodynamique. Voici comment elle évolue, étape par étape.
Δ Ψ Pour aller plus loin...
- "Jusqu'à la fin des temps" de Brian Greene : Cet ouvrage retrace l'histoire complète de l'Univers, du Big Bang jusqu'à son extinction ultime, avec l'entropie comme fil rouge et la vie, la place de l'homme, comme éléments essentiels.
- "Le Destin de l'univers" de Jean-Pierre Luminet : Ce livre en deux tomes est une méditation sur la temporalité cosmique et sur la condition humaine face à l'infini. Il propose différents scénarios possibles pour l'avenir de l'univers, en tenant compte notamment des dernières découvertes sur l'énergie sombre.
- "Dix scénarios pour la fin du monde" de Alain Riazuelo : Ce livre très didactique contextualise et décrit, à la lumière des dernières avancées scientifiques, les principaux scénarios possibles pour la fin du monde.
- Conférence : La publication de ce livre a également donné lieu à plusieurs conférences, dont celle (ci-dessous) présentée par l'auteur Alain Riazuelo en décembre 2025 à l'Université de Mons (Belgique) : http://www.youtube.com/watch?v=kgOUmvj_Abg
Conférence "DIx scénarios pour la fin du monde" par Alain Riazuelo - © Université de Mons









