Les grands défis d'aujourd'hui

Δ  ψ  Le destin du cosmos

Modèles d'expansion de l'univers

Supernova : le destin d'une étoile massive - © Nasa

Le destin ultime de l'univers est l'une des questions les plus fondamentales en cosmologie. Pour ce qui est du cosmos dans son ensemble, la réponse dépend évidemment essentiellement du futur de son expansion (cf la page "L'expansion de l'univers"). Mais nous nous intéresserons ici, plus localement, aux éléments qui le composent, à leurs destins individuels, qu'ils soient certains, probables ou simplement possibles.

Pour tenter de décrire ces destins, nous distinguerons deux horizons temporels et spatiaux :

- sur un horizon "cout terme" à l'échelle du cosmos, jusqu'à 10 milliards d'années, nous nous intéresserons à notre environnement "proche", toujours à l'échelle du comos, à savoir : le Soleil, notre planète Terre, le Système Solaire dans son ensemble, notre galaxie "La Voix Lactée" et ses galaxies voisines du Groupe Local. Compte tenu de leur relative "proximité", les scénarios évoqués ici sont solidement corroborés par les connaissances scientifiques actuelles, même si certains paramètres restent encore discutés.

- sur des horizons temporels et spatiaux plus lointains, au-delà de 10 milliard d'années, et au delà de notre Groupe Local de galaxies, nous évoquerons des scénarios possibles / plausibles. Mais ceux-ci relèveront encore du domaine spéculatif tant que des modèles cosmologiques plus avancés ne les auront pas consolisés.

Voir également les pages "Du Big Bang à nos jours", "La matière noire", "L'énergie sombre", "Le Soleil", "Les Etoiles Géantes", "Les Etoiles Naines", "Le Système solaire", "Notre Galaxie", et "Atomes et particules".

    A l'horizon de 10 milliards d'années

    Le destin du Soleil

    Soleil en phase Géante Rouge - Copyright NASA-ESA

    Le Soleil en phase Géante Rouge - © NASA-ESA

    (voir également la page "Le Soleil")

    Le Soleil, comme toutes les étoiles de sa catégorie (Naine Jaune), devient très légèrement plus lumineux avec le temps, à mesure que l'hydrogène de son cœur se transforme en hélium. Ce processus de physique nucléaire est extrêmement bien modélisé par la physique stellaire.

    L'expansion du Soleil en Géante Rouge

    Dans environ 1 milliard d'années, l'augmentation du rayonnement solaire suffira à déclencher un effet de serre incontrôlable sur Terre qui finira par détruire toute vie à sa surface.

    Dans environ 5 milliards d'années, le Soleil épuisera l'hydrogène de son cœur et enflera en Géante Rouge (voir la page "Les Etoiles Géantes"), engloutissant probablement Mercure et Vénus, et rendant l'orbite terrestre (si elle existe encore) totalement inhabitable. Cette phase d'"inflation" stellaire devrait durer environ 2,5 à 3 milliards d'années.

    La mort du Soleil en Naine Blanche

    Après la phase de géante rouge, dans environ 7,5 à 8 milliards d'années, le Soleil connaîtra une fin relativement douce comparée à des étoiles plus massives : pas d'explosion en Supernova, mais une transformation progressive qui redessine complètement le système solaire.

    Une fois l'hélium de son cœur épuisé à son tour, le Soleil devient instable, éjectant ses couches externes en plusieurs vagues successives.

    Ces couches forment une nébuleuse planétaire : une bulle de gaz lumineux qui s'étend sur plusieurs années-lumière, visible depuis l'extérieur pendant environ 10 000 ans (un clin d'œil à l'échelle cosmique).

    Il ne reste alors au centre qu'un noyau extrêmement dense, à peu près de la taille de la Terre mais avec environ 50% de la masse solaire actuelle : une Naine Blanche (cf la page "Les Etoiles Naines") qui refroidira lentement pendant des milliards d'années sans plus produire d'énergie par fusion.

    L'état actuel du consensus

    La physique nucléaire stellaire est l'un des domaines les mieux vérifiés de l'astrophysique. Les astrophysiciens observent des milliers d'étoiles à différents stades de vie qui confirment le modèle. Il s'agit ici d'une évolution quasi certaine du Soleil, pas de spéculation.

    Le destin de la Terre

    La Terre aride dans un milliard d'années, à l'image de Vénus - Copyright NASA

    Le Terre aride dans un milliard d'années, à l'mage de Vénus - © NASA

    (voir également la page "Le Système Solaire / La Terre")

    Il faut séparer le sort de la biosphère (la vie) de celui de la planète elle-même (le corps rocheux), car ils suivent des calendriers très différents.

    Phase 1 — Stérilisation

    Comme indiqué plus haut, dans environ 1 milliard d'années, l'augmentation progressive du rayonnement solaire induira une succession de mécanismes délétères pour la vie sur Terre :

    • Les océans commencent alors à s'évaporer massivement. L'atmosphère se charge de vapeur d'eau. Celle-ci étant elle-même un puissant gaz à effet de serre, le phénomène s'auto-alimente. C'est l'"effet de serre galopant" (runaway greenhouse effect), le même mécanisme qui a rendu Vénus invivable. Cette vapeur d'eau se dissocie sous l'effet des UV solaires en hydrogène, qui s'échappe dans l'espace, et en oxygène. À terme, les océans disparaissent complètement.
    • La surface de la Terre devient un désert brûlant, avec des températures largement supérieures à 100°C.
    • La tectonique des plaques finit également par s'arrêter, faute d'eau pour lubrifier les mouvements des plaques, un phénomène qui contribue lui-même à l'habitabilité.
    • La surface de la Terre devient stérile, et la vie complexe, voire toute vie, s'éteint bien avant que le Soleil n'entame sa phase de géante rouge.

    Phase 2 — Absorption ou migration

    Durant la phase d'expansion du Soleil en géante rouge (dans environ 5-7,5 milliards d'années) le sort de la Terre en tant qu'objet dénué de toute vie devient plus incertain. Deux scénarios concurrents s'affrontent :

    • Scénario de l'absorption : Le Soleil, en devenant géante rouge, gonfle jusqu'à un rayon qui pourrait dépasser l'orbite actuelle de la Terre (voire de Mars, selon les modèles). La Terre est alors détruite dans la fournaise de la géante rouge.
    • Scénario de la migration d'orbite : En perdant de la masse (environ 30% de sa masse actuelle sera soufflée par les vents stellaires), le Soleil exerce une attraction gravitationnelle plus faible, ce qui fait migrer les orbites planétaires vers l'extérieur. La Terre s'éloigne donc à mesure que le Soleil grossit et peut poursuivre sa course autour de la naine blanche, résidu du Soleil.

    L'état actuel du consensus

    • Le point de désaccord entre chercheurs porte surtout sur les détails fins : la date exacte du basculement de la Phase 1 (certaines estimations vont de 600 millions à 1,5 milliard d'années), et l'éventualité de rétroactions climatiques terrestres qui pourraient légèrement retarder ou accélérer le phénomène. Mais sur le principe et l'issue finale, il y a un accord quasi unanime.
    • Pour la Phase 2, les simulations les plus récentes penchent légèrement en faveur de l'absorption. La migration orbitale ne serait en effet pas assez rapide pour compenser complètement l'expansion solaire. Et les forces de marée avec l'enveloppe externe du Soleil freineraient la Terre, la faisant spiraler vers l'intérieur. Mais ce n'est pas un consensus aussi solide que pour la Phase 1. Les incertitudes sur le taux exact de perte de masse solaire laissent en particulier la question ouverte.

    Le destin du Système Solaire

    Système Solaire partiellement absorbé par le Soleil en phase Géante Rouge - Copyright NASA-ESA

    Le Système Solaire après l'expansion du Soleil en Géante Rouge - © NASA-ESA

    (voir également la page "Le Système Solaire")

    La transition du Soleil en géante rouge puis en naine blanche impacte non seulement la Terre mais également l'ensemble du système solaire.

    Le sort des planètes

    • Mercure et Vénus sont très probablement englouties pendant la phase géante rouge
    • La Terre et Mars ont elles un destin plus incertain (voir plus haut le cas de laTerre). Mais si elles survivent, elles migrent vers des orbites plus larges à cause de la perte de masse solaire.
    • Jupiter, Saturne, Uranus et Neptune, quant à elles, survivent sans difficulté. Mais leurs orbites s'élargissent significativement, jusqu'à environ 1,5 à 2 fois leur distance actuelle au Soleil, en réponse directe à la perte de masse de celui-ci.
    • Les lunes glacées (Europe, Titan, etc.) connaissent un léger réchauffement transitoire pendant la phase géante rouge. Ce réchauffement pourrait faire fondre leur glace de surface pendant quelques millions d'années. Ce phénomène intrigue certains chercheurs quant à une possible fenêtre d'habitabilité tardive.

    L'état "final", des milliards d'années plus tard ...

    • Le système solaire devient un espace beaucoup plus vide et froid, organisé autour d'une naine blanche qui ne rayonne plus que très faiblement, par pure inertie thermique.
    • Les planètes survivantes continuent d'orbiter, mais reçoivent une fraction infime de l'énergie qu'elles recevaient du Soleil actif.
    • Sur des échelles de temps encore bien plus longues (des dizaines de milliards d'années), la naine blanche continue de refroidir jusqu'à devenir, en théorie, une Naine Noire, un cadavre stellaire totalement éteint (cf la page "Les Etoiles Naines"). Ce stade n'a cependant encore jamais été observé, car l'Univers est encore trop jeune (13,8 milliards d'années) pour qu'une seule naine blanche ait eu le temps de refroidir complètement.

    En somme le système solaire ne disparaît donc pas à proprement parler. Il se transforme en une version froide, sombre et beaucoup plus étendue de lui-même, orbitant paisiblement et "à jamais" autour des restes du Soleil.

    Le destin de notre galaxie

    Courbe de Hubble issue de la publication de Hubble de 1929

    Fusion Terre-Andromède  - © Science & Vie

    (voir également la page "Notre Galaxie")

    Dans cette même échelle de temps, l'événement majeur qui transforme notre galaxie n'a rien à voir avec le Soleil. C'est en effet une collision probable avec notre voisine, la galaxie d'Andromède qui sera l'évènement majeur. Et cet évènement aura un impact sur l'ensemble des galaxies de notre Groupe Local.

    La collision avec Andromède

    Andromède (M31) et la Voie Lactée se rapprochent l'une de l'autre à environ 110 km/s, attirées par leur gravité mutuelle.

    Cet événement devrait se produire dans environ 4 à 4,5 milliards d'années, donc avant même la phase géante rouge du Soleil. Les deux scénarios se chevauchent.

    Contrairement à une image de "collision" au sens frontal, il s'agit plutôt d'une interaction gravitationnelle complexe : les deux galaxies s'interpénètrent, se déforment, s'éloignent à nouveau, puis retombent l'une sur l'autre en plusieurs passages successifs sur quelques centaines de millions d'années.

    Ce qui se passe concrètement

    Les étoiles elles-mêmes ne rentrent presque jamais en collision. Les distances entre étoiles sont si immenses (des années-lumière) par rapport à leur taille que des collisions stellaires directes restent extrêmement improbables.

    En revanche, les nuages de gaz interstellaire des deux galaxies s'entrechoquent, ce qui déclenche une flambée de formation d'étoiles (un "starburst").

    Les structures en spirale des deux galaxies sont progressivement détruites par les forces de marée. Les bras spiraux et les disques des deux galaxies se déforment en filaments étirés.

    Au cours du processus, le système solaire, lui, est probablement éjecté vers une orbite beaucoup plus éloignée du centre galactique, sans toute fois de risque direct de collision avec une étoile.

    Le résultat final : "Milkomeda"

    Après plusieurs passages rapprochés sur environ 2 milliards d'années, les deux galaxies finissent par fusionner complètement pour former une galaxie unique, de type elliptique, plutôt que spirale, parfois appelée "Milkomeda" ou "Lactomède".

    Cette nouvelle galaxie est beaucoup plus grande et diffuse que la Voie Lactée actuelle, avec une distribution d'étoiles plus désordonnée (orbites elliptiques aléatoires plutôt que le mouvement organisé en disque actuel).

    Les trous noirs supermassifs centraux des deux galaxies (Sagittarius A* pour la Voie lactée, et celui d'Andromède, plus massif) finissent eux aussi par fusionner, probablement plusieurs centaines de millions d'années après la fusion galactique globale. Durant cette fusion des trous noirs centraux une intense bouffée d'ondes gravitationnelles est émise.

    Et quid de notre Groupe Local ?

    Sur une échelle encore plus longue, des dizaines de milliards d'années, Milkomeda continuera probablement d'absorber les autres galaxies satellites du Groupe Local, comme le Grand et le Petit Nuage de Magellan, déjà en voix d'engloutissement par notre galaxie. Pendant ce temps, à cause de l'expansion accélérée de l'Univers, toutes les autres galaxies au-delà du Groupe Local s'éloigneront de plus en plus vite, jusqu'à devenir invisibles. Milkomeda deviendra alors une sorte d'îlot isolé dans un Univers de plus en plus vide.

      Au-delà de l'horizon de 10 milliards d'années ...

      L'extinction progressive du ciel stellaire

      Courbe de Hubble issue de la publication de Hubble de 1929

      L'horizon cosmologique - © Pablo Carlos Budassi

      (voir également la page "La lumière")

      Aujourd'hui notre univers observable contient environ 2000 milliards de galaxies. Et nous pouvons remonter jusqu'au fond diffus cosmologique, à environ 380 000 ans après le Big Bang, soit la limite ultime de ce qu'on peut observer avec la lumière.

      Et comme nous venons de le voir plus haut, du fait de l'expansion accélérée de l'univers, notre Groupe Local s'éloigne de plus en plus rapidement des amas de galaxies voisins.

      Dans environ 100 milliards d'années : le franchissement de l'horizon cosmologique

      • Les galaxies extérieures au Groupe Local fusionné finissent par franchir ce qu'on appelle l'horizon des événements cosmologique : leur vitesse de récession dépasse la vitesse de la lumière (ce qui est autorisé, car c'est l'espace lui-même qui s'étire, pas les objets qui se déplacent à l'intérieur).
      • Leur lumière, de plus en plus décalée vers le rouge, finit par devenir indétectable. Et ces galaxies disparaissent littéralement de notre horizon observable, une par une.
      • Le fond diffus cosmologique lui-même se dilue et son rayonnement devient de plus en plus froid et indétectable.
      Dans environ 1000 milliards d'années : l'isolement cosmique total
      C'est l'étape la plus frappante : des astrophysiciens hypothétiques de ce futur lointain, en observant le ciel, ne voient plus aucune galaxie extérieure au Groupe Local fusionné.

      Milkomeda apparaît alors comme la seule structure de l'Univers observable, un îlot d'étoiles entouré d'un noir apparemment vide.

      Ces astrophysiciens n'ont alors plus aucun moyen d'observer directement l'expansion cosmique, puisqu'il n'y a plus de galaxies lointaines dont on peut mesurer le décalage vers le rouge, ni de fond diffus cosmologique détectable.

      Un point souligné par plusieurs cosmologistes (notamment Lawrence Krauss et Robert Scherrer en 2007) : ces observateurs futurs peuvent alors légitimement en conclure, à tort, qu'ils vivent dans un Univers statique et unique, centré sur eux, perdant toute trace observationnelle du Big Bang et de l'expansion. Une forme d'amnésie cosmologique.

        Bien plus tard, au-delà d'environ 1014 ans : le ciel stellaire s'éteint également

        • Indépendamment de l'expansion, ce sont maintenant les étoiles elles-mêmes qui commencent à manquer. La formation stellaire cesse en effet faute de gaz interstellaire disponible.
        • Les étoiles existantes s'éteignent également progressivement. Les naines blanches refroidissent, et les naines rouges, bien plus tard, s'éteignent après des milliards d'années.
        • Le ciel nocturne de Milkomeda devient alors de plus en plus sombre, jusqu'à ne plus contenir que des cadavres stellaires froids, invisibles à l'œil nu.

        Vivons-nous une époque privilégiée ?

        Le grand paradoxe est que plus l'Univers vieillit, moins on peut en apprendre sur lui. Nous vivons probablement dans une époque privilégiée de l'histoire cosmique, où le ciel est encore assez riche en galaxies observables pour reconstituer l'histoire de l'expansion. Les civilisations qui naîtront des milliers de milliards d'années après nous seront, cosmologiquement parlant, aveugles à leur propre passé.

        Que devient la matière ?

        Courbe de Hubble issue de la publication de Hubble de 1929

        William Thomson (Lord Kelvin), précurseur de la "Mort thermique" de l'univers (1852)

        (voir également la page "Atomes et particules")

        Mais, même si l'on n'est plus en position de voir les étoiles au fil du temps, qu'advient-il de la matière résiduelle ?

        On quitte ici le terrain de l'observable pour entrer dans celui de la thermodynamique et de la physique des particules à très long terme. Les cosmologistes découpent généralement cette évolution en plusieurs "ères", sur des échelles de temps qui donnent le vertige.

          L'Ère Stelliférique : d'aujourd'hui à environ 1014 ans

          C'est l'ère actuelle, où la matière est majoritairement organisée en étoiles actives. Comme nous l'avons vu plus haut, elle touche à sa fin quand le gaz interstellaire disponible pour former de nouvelles étoiles est épuisé. Les naines rouges, qui brûlent leur carburant très lentement, sont les dernières à s'éteindre, autour de 1014 ans.

          L'Ère Dégénérée : d'environ 1014 à 1040 ans

          Attention :
          Tout ce qui touche à l'Ère Dégénérée et au-delà repose sur une extrapolation extrême de lois physiques bien établies (mécanique quantique, thermodynamique) vers des régimes de temps et de densité jamais testés expérimentalement. Ces scénarios sont pris au sérieux par la communauté scientifique parce qu'ils découlent logiquement de la physique connue, mais ils restent, par nature, hors de portée de toute vérification observationnelle.

          Durant l'Ère Dégénérée, la matière stellaire ne disparaît pas, elle change simplement d'état :

          • La majorité des étoiles finissent en naines blanches (résidus de fusion nucléaire, soutenus par la pression de dégénérescence des électrons) ou en naines brunes (astres qui n'ont jamais atteint le seuil de fusion nucléaire).
          • Les étoiles massives ont laissé des étoiles à neutrons ou des trous noirs , par éffondrement gravitationnel.
          • Ces cadavres stellaires continuent d'orbiter dans les galaxies fusionnées, refroidissant lentement.
          • Sur cette période, un phénomène rare mais non nul se produit : des collisions occasionnelles entre étoiles mortes, ou l'évaporation progressive des galaxies elles-mêmes, les interactions gravitationnelles éjectant lentement des étoiles vers l'espace intergalactique.
          • Si le proton est instable, ce qui reste hypothétique (prédit par certaines théories de grande unification mais jamais observé expérimentalement), avec une durée de vie estimée à au moins 1034-1040 ans, alors toute la matière ordinaire, y compris les naines blanches et les étoiles à neutrons, se désintégrera lentement en positrons, photons et neutrinos. C'est un point d'incertitude majeur : si le proton est parfaitement stable, ce scénario ne se produira simplement pas (cf le paragraphe ci-dessous "Si le proton est stable : les étoiles de fer").

          L'Ère des Trous Noirs : d'environ 1040 à 10100 ans

          Si la matière ordinaire a fini par se désintégrer, il ne restera plus que les trous noirs comme structures massives organisées.

          Mais même eux ne sont pas éternels. Selon la théorie du rayonnement de Hawking, prédite mais jamais observée directement, les trous noirs émettent lentement des particules et perdent de la masse, jusqu'à s'évaporer complètement.

          Plus un trou noir est massif, plus il met de temps à s'évaporer. Un trou noir stellaire s'évapore en environ 1067 ans, tandis qu'un trou noir supermassif, comme celui au centre de Milkomeda, met environ 10100 ans.

          Le dernier instant de cette évaporation est, paradoxalement, extrêmement énergétique : une brève et intense bouffée de rayonnement !

          L'Ère Sombre : au-delà de 10100 ans

          Il ne reste alors plus que des particules éparses : photons, neutrinos, électrons et positrons résiduels, extraordinairement dilués par l'expansion continue de l'espace.

          Ces particules résiduelles sont en principe stables. L'électron, en particulier, est un des rares candidats à une stabilité absolue selon les lois de conservation connues.

          L'Univers atteint alors un état de très basse énergie, une sorte d'équilibre thermodynamique quasi parfait, parfois qualifié de "mort thermique de l'Univers" (heat death).

            Que sont ces particules éparses résiduelles ?

            Attention, "particules éparses" ne veut pas dire nécessairement dénué de toute structure. Selon les scénarios envisagés par les physiciens (notamment les travaux de Fred Adams et Gregory Laughlin sur l'avenir à très long terme de l'univers), plusieurs formes de matière structurée pourraient subsister ou apparaître, à des échelles de temps qui varient énormément.

            • Si le proton est stable : les "étoiles de fer"
              C'est le scénario le plus riche en structures. Les résidus stellaires (naines blanches, étoiles à neutrons) ne restent pas figés :

            Par un effet purement quantique, l'effet tunnel, les noyaux atomiques qui les composent peuvent, avec une probabilité infime mais non nulle, fusionner spontanément même à froid, sans les températures extrêmes habituellement nécessaires.

            Comme le Fer-56 est le noyau le plus stable de tout le tableau périodique, soit le point d'équilibre énergétique entre fusion et fission, cette fusion lente convertit peu à peu toute la matière en fer.

            Sur une échelle de temps absolument vertigineuse, de l'ordre de 101500 ans, les naines blanches se transformeraient ainsi intégralement en "étoiles de fer"des objets entièrement composés de ce métal, sans plus aucune réaction nucléaire active.

            Ces étoiles de fer elles-mêmes ne seraient pas éternelles. Par un autre effet tunnel, encore plus rare, leur matière pourrait s'effondrer directement en trou noir, sur une échelle encore plus extrême, autour de 10(10^76) ans (estimation issue de travaux inspirés de Freeman Dyson).

            • Le cas de l'hydrogène résiduel

            Même dans l'univers très dilué de l'ère sombre, rien n'empêche en théorie qu'un proton libre et un électron libre se rencontrent par hasard et se lient pour former un atome d'hydrogène. Mais la densité de matière serait si extraordinairement faible (les particules seraient séparées par des distances comparables à la taille actuelle de l'univers observable) que ce genre de rencontre deviendrait un événement rarissime, statistiquement possible mais presque anecdotique à l'échelle de l'univers entier.

            • Le positronium : un "atome" fait d'antimatière

            C'est l'exemple le plus curieux évoqué par Adams et Laughlin. Un électron et un positron (son antiparticule) peuvent former un état lié appelé positronium, une sorte d'atome exotique sans noyau. Normalement, ce système s'annihile en une fraction de seconde. Mais dans l'univers ultra-dilué de l'ère sombre :

            - Les positroniums qui se formeraient auraient des orbites extraordinairement larges, parfois plus grandes que la taille actuelle de l'univers observable.

            - Leur durée de vie avant annihilation finale serait proportionnellement démesurée, potentiellement de l'ordre de 1085 ans ou plus.

            Quid des molécules ?

            La formation de liaisons chimiques nécessite une rencontre relativement rapprochée entre atomes, avec des mécanismes de dissipation d'énergie permettant de stabiliser la liaison. Dans un univers aussi dilué et froid, ces conditions ne seraient quasiment jamais réunies. La chimie, telle qu'on la connaît, deviendrait un phénomène pratiquement éteint, bien avant même la fin de l'ère stelliférique, dès l'extinction de la dernière étoile et des sources d'énergie nécessaires pour entretenir des réactions chimiques actives à grande échelle.

            Que devient l'entropie ?

            Courbe de Hubble issue de la publication de Hubble de 1929

            Rayonnement de Hawking - © BigThink

            L'entropie est le fil conducteur qui explique pourquoi tout ce scénario se déroule ainsi. L'ensemble de cette histoire cosmique peut en fait également se lire comme une longue marche vers le maximum d'entropie, conformément au second principe de la thermodynamique. Voici comment elle évolue, étape par étape.

              L'entropie : mesure du désordre

              L'entropie mesure grossièrement le "désordre", ou plus précisément le nombre de configurations microscopiques possibles pour un système donné. Un point essentiel, souligné notamment par Roger Penrose, prix Nobel de Physique : l'Univers primordial, malgré son apparence chaotique et son extrême densité, avait en réalité une entropie très basse par rapport à son potentiel. C'est précisément ce qui a permis toute l'histoire qui a suivi. La gravité en est la clé.

              Ère Stelliférique (→ 1014 ans) : l'entropie grimpe via la fusion nucléaire

              Contre-intuitivement, la formation des étoiles augmente l'entropie globale, malgré l'ordre apparent d'un objet aussi structuré qu'une étoile.

              La raison : l'effondrement gravitationnel d'un nuage de gaz diffus en une étoile compacte libère une énorme quantité d'entropie sous forme de rayonnement thermique, largement supérieure à la perte d'entropie liée à la concentration de matière.

              La fusion nucléaire elle-même (hydrogène → hélium → éléments plus lourds) augmente encore l'entropie, car elle convertit une énergie de liaison nucléaire ordonnée en chaleur et en rayonnement dispersés.

              Le Soleil, par exemple, produit de l'entropie en continu. Il reçoit peu de photons de haute énergie (lumière visible, ordonnée) et en réémet un très grand nombre de basse énergie (chaleur), ce qui est la définition même d'une production nette d'entropie.

              Ère Dégénérée (~ 1014 à 1040 ans) : la gravité continue le travail

              Les trous noirs sont, de très loin, les objets à la plus haute entropie connus dans l'Univers. Jacob Bekenstein et Steven Hawking ont montré que l'entropie d'un trou noir est proportionnelle à la surface de son horizon, pas à son volume.

              Chaque fois qu'un trou noir engloutit de la matière ou fusionne avec un autre trou noir, l'entropie totale de l'Univers fait un bond considérable.

              Un seul trou noir supermassif contient à lui seul une entropie qui dépasse de plusieurs ordres de grandeur celle de toutes les étoiles visibles de l'Univers observable réunies.

              Ère des trous noirs (~1040 à 10100 ans) : le pic entropique

              L'évaporation par rayonnement de Hawking convertit la matière très ordonnée d'un trou noir en un rayonnement thermique diffus (photons, particules).

              Bien que l'entropie du trou noir lui-même diminue à mesure qu'il s'évapore, l'entropie du rayonnement qu'il émet compense plus que largement cette diminution. Le bilan global reste donc positif. C'est un point central du "paradoxe de l'information" des trous noirs, toujours activement discuté par les théoriciens (voir la page "Les trous noirs").

              Ère sombre (> 10100 ans) : l'approche de l'équilibre final

              Une fois les trous noirs évaporés, il ne reste qu'un gaz extraordinairement dilué de photons, neutrinos et particules stables, en expansion continue.

              L'entropie continue théoriquement d'augmenter très légèrement, l'expansion de l'espace lui-même génèrant un peu d'entropie. Mais le système tend asymptotiquement vers un état où plus aucun processus physique ne peut produire de travail utile.

              L'énergie de l'Univers est alors si uniformément répartie qu'aucune différence de température, donc aucune transformation, aucune vie, aucune information ne peut plus exister. L'entropie a atteint (ou s'approche indéfiniment de) son maximum théorique.

              La valeur de ce maximum théorique d'entropie reste débattue. Elle dépend notamment d'hypothèses cosmologiques qui ne sont pas encore tranchées. Mais plusieurs publications scientifiques (notamment de Egan et Lineweaver, ou de Gibbons et Hawking) donnent un ordre de grandeur de 10120 à 10122 kB (en unité de constante de Boltzmann), contre environ 10104 kB actuellement pour l'Univers observable.

              Le lien avec la flèche du temps

              Ce scénario illustre bien pourquoi les physiciens considèrent l'augmentation de l'entropie comme la véritable "flèche du temps" de l'Univers. Toute cette histoire, des étoiles aux trous noirs jusqu'au gaz dilué final, n'est qu'une seule et longue trajectoire vers un équilibre thermodynamique de plus en plus complet. C'est un processus fondamentalement irréversible, contrairement à la plupart des lois physiques fondamentales, qui sont elles réversibles dans le temps.

              Δ Ψ  Pour aller plus loin...

              • "Jusqu'à la fin des temps" de Brian Greene : Cet ouvrage retrace l'histoire complète de l'Univers, du Big Bang jusqu'à son extinction ultime, avec l'entropie comme fil rouge et la vie, la place de l'homme, comme éléments essentiels.
              • "Le Destin de l'univers" de Jean-Pierre Luminet : Ce livre en deux tomes est une méditation sur la temporalité cosmique et sur la condition humaine face à l'infini. Il propose différents scénarios possibles pour l'avenir de l'univers, en tenant compte notamment des dernières découvertes sur l'énergie sombre.
              • "Dix scénarios pour la fin du monde" de Alain Riazuelo : Ce livre très didactique contextualise et décrit, à la lumière des dernières avancées scientifiques, les principaux scénarios possibles pour la fin du monde.
              • Conférence : La publication de ce livre a également donné lieu à plusieurs conférences, dont celle (ci-dessous) présentée par l'auteur Alain Riazuelo en décembre 2025 à l'Université de Mons (Belgique) : http://www.youtube.com/watch?v=kgOUmvj_Abg
              Conférence Alain Riazuelo "Dix scénarios pour la fin du monde" - Université de Mons

              Conférence "DIx scénarios pour la fin du monde" par Alain Riazuelo - © Université de Mons